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Passeur de mémoire, Fragment d'histoire

Passeur de mémoire, Fragment d'histoire

Sauvegarde et transmission du patrimoine : Nos domaines d’activité sont extrêmement variés : muséographie, scénographie, communication et marketing culturel, web-design, recherches documentaires et archivistiques, rédaction de contenus…

LE PALAIS DE L'ELYSÉE en 1913

L'Elysée, palais des présidents de la République française, est un monument discret, pourrait-on dire, et devant lequel le passant éprouve plus de curiosité que d'admiration. Ce n'est pourtant point une bâtisse vulgaire: seule l'exiguïté de l'espace vide qui l'entoure et la simplicité des murs ou des grilles qui protègent son parc lui valent cette renommée sans éclat. Vertes, l'Elysée, ce n'est pas le Louvre et son parc, ce n'est pas les Tuileries, mais ce palais clos et caché renferme des beautés dont l'existence mérite d'être rappelée de temps en temps au public oublieux. L'installation de M. Raymond Poincaré dans le palais de l'Elysée nous a semblé motiver suffisamment la publication d'une série de documents sur ce monument. Ces documents sont de deux sortes: d'une part M. Marc Varenne, qui fut le chef du secrétariat particulier de M. Fallières, a résumé pour nous l'historique du palais, et nous avons nous-mêmes réuni quelques renseignements sur son utilisation actuelle; d'autre part nous avons fait prendre plusieurs vues en couleurs des principaux salons, cabinets ou façades de la demeure de nos chefs d'État, on les voit reproduites aux pages suivantes. Cette partie de notre travail sur le palais national est absolument nouvelle et originale, et l'on peut juger que nos collaborateurs ont pleinement réalisé le projet que nous avions formé de composer, par l'image, une documentation inédite, à la fois historique et artistique, sur le palais de l'Elysée.

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Le palais de l'Elysée vu de la place Beauvau. A gauche,
façade sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré avec le porche d'entrée
ouvrant sur la cour d'honneur; à droite, côté de l'avenue de Marigny.

 

L'HISTOIRE DE L'ELYSÉE

 

 

 

En 1718, le bruit se répand à la cour qu'un des favoris du Régent, Henri de La Tour d'Auvergne, comte d'Évreux, troisième fils du duc de Bouillon, va épouser la fille du financier Crozat, un ancien commis devenu par la suite caissier du clergé et fondateur de la Compagnie de Louisiane. Le comte d'Évreux, criblé de dettes et n'arrivant pas à payer sa charge de colonel général de la cavalerie, s'est alors résolu, comme le dit Saint-Simon, «à sauter le bâton de la mésalliance» et, dès le mariage conclu, avec l'argent du père Crozat, il achète hors Paris, sur le chemin de Neuilly, une trentaine d'arpents en jardins et marais sur lesquels l'architecte Molé lui construit un magnifique hôtel.

Henri de La Tour d'Auvergne meurt avant de voir cette résidence achevée et il la laisse à un de sus neveux, le prince de Turenne, lequel déclare immédiatement se trouver dans l'impossibilité de la conserver.

Or, la marquise de Pompadour a une envie folle de l'hôtel d'Évreux: voilà plusieurs mois qu'elle convoite cette fastueuse installation dont la situation admirable lui plaît infiniment. La marquise, d'ailleurs, ne cesse pas d'acquérir des propriétés nouvelles. Elle possède déjà les châteaux de Crécy et de la Celle, ainsi que ses ermitages de Versailles, de Fontainebleau et de Compiègne, tout cela ne lui suffit point; elle achète l'hôtel d'Évreux pour 730.000 livres, y appelle aussitôt une légion d'ouvriers et d'artistes, entasse dans ses nouveaux salons un mobilier d'une richesse inouïe et tapisse les murailles avec les Gobelins que Sa Majesté a eu la gracieuseté de lui faire envoyer. Le peuple chansonne la prodigalité de la marquise, les épigrammes pleuvent et l'on affiche des placards critiquant les dépenses exagérées de la favorite. Celle-ci ne se laisse pas émouvoir; elle poursuit son oeuvre, embellit l'hôtel d'Évreux et, en dernier lieu, agrandit d'un coup les jardins potagers qui s'étendent jusqu'aux avenues Montaigne et Matignon actuelles.

Obligée de quitter le moins possible Versailles, afin de ne pas voir diminuer son crédit auprès de son royal amant, la marquise de Pompadour ne s'attarde guère à l'hôtel d'Évreux, elle ne peut y effectuer que des séjours de courte durée, mais elle garde une prédilection particulière pour cette résidence et à sa mort elle la lègue, par testament, au roi pour le comte de Provence.

Louis XV désintéresse M. de Marigny, frère de la marquise, et décide que l'hôtel d'Évreux sera réservé désormais aux ambassades extraordinaires logées souvent à l'hôtel Pontchartrain, rue Neuve-des-Petits-Champs. L'administration du Garde-Meuble de la couronne s'empare bientôt de l'hôtel qui n'abrita point d'ambassade et elle le conserve jusqu'au moment où le gouvernement, ayant besoin d'argent, le cède au fameux banquier Beaujon qui l'accepte sans difficulté en échange de ses grosses créances.

Beaujon, homme d'affaires consommé mais vaniteux et possédé de la manie du faste, amoncelle dans cette demeure dont il est si fier une quantité énorme d'objets d'art, de tableaux, de meubles et de livres.

Louis XVI rachète l'hôtel dont Beaujon se réserve l'usufruit et à la mort de ce dernier--cinq mois après la conclusion de ce contrat--il dispose de cette propriété en faveur de la duchesse de Bourbon.

Imbue des idées à la mode, cette princesse bouleverse les jardins et change les majestueux parterres à la française en parc anglais et donne à l'hôtel le nom d'Elysée qu'il porte aujourd'hui. Voyant que les choses se gâtent, la duchesse prend vite le parti d'émigrer et elle loue l'Elysée à un sieur Hovyn, sorte d'imprésario et entrepreneur de fêtes publiques qui transforme l'Elysée, devenu Hameau de Chantilly, en bal populaire où la foule se presse autour d'attractions diverses. Hovyn a eu là un trait de génie et la réussite est complète. Le Hameau de Chantilly ne désemplit, pas; selon la formule, on refuse du monde et, en l'an VI, Hovyn se hâte de se rendre propriétaire de l'immeuble vendu comme bien national.

Malheureusement le propre de la vogue c'est de n'avoir qu'un temps et le Hameau de Chantilly voit sa faveur décroître. Malgré la beauté de ses ombrages, le jardin n'attire, plus autant le public; la mode en a décidé autrement. Les soldats du général Bonaparte ont apporté d'Italie le goût des glaces à la vanille et ce sont les pâtissiers-glaciers qui, à cette heure, font fortune. Mlle Hovyn, qui a succédé à son père, s'obstine cependant durant quelques mois et tâche d'attendre des jours meilleurs en vivant au moyen des loyers que lui paient les locataires. L'hôtel est en effet divisé en quinze appartements et l'un d'eux est habité par M. de Vigny, dont le petit garçon, Alfred--le futur auteur d'Eloa--joue sur les pelouses du jardin: mais Mlle Hovyn se rend compte que lutter est impossible, la concurrence est la plus forte, il lui faut vendre l'établissement. Le moment est favorable: nous sommes en 1805, et une société nouvelle est en train de se reconstituer sur les ruines de l'ancienne noblesse. Un premier acquéreur se présente dans la personne de Louis Bonaparte, connétable de l'Empire. Effrayé par le prix, il préfère se retirer et laisse le champ libre au maréchal Murat, gouverneur de Paris, qui s'est mis en tête de quitter le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. Murat, séduit par l'idée d'habiter dans l'aristocratique faubourg Saint-Honoré, finit, après d'assez longs pourparlers, par se décider, et l'Elysée est à lui moyennant un million.

L'Elysée a un besoin urgent de réparations indispensables. Ces derniers quinze ans l'ont très abîmé, et le premier soin de Murat est de charger Percier et Fontaine de mettre le palais en état. (C'est à cette époque qu'a été construit l'escalier d'honneur.) Quand l'empereur appelle Murat au trône de Naples, l'Elysée fait retour à la couronne, et Napoléon affectionne bientôt cette demeure tranquille, enveloppée par une ceinture de jardins, où il lui est loisible, en plein Paris, de se reposer des lourds soucis du pouvoir. Aussi s'empresse-t-il, en décembre 1809, au moment de son divorce, de comprendre l'Elysée, dont il a apprécié le charme doux et paisible, dans les palais affectés dorénavant à l'impératrice Joséphine. Le 30 janvier 1810, il lui écrit: «Je te saurai avec plaisir à l'Elysée et fort heureux de te voir plus souvent, car tu sais combien je t'aime», et, le 3 février: «J'ai fait transporter tes effets à l'Elysée; sois tranquille et contente et aie confiance entière en moi.»

L'Elysée a été le dernier palais impérial de Napoléon.

Presque jour pour jour, un an après l'abdication de 1815, le duc et la duchesse de Berry s'installent à l'Elysée. Ils mènent là une existence charmante, exempte de l'étiquette insupportable des Tuileries, et se plaisent à la conversation spirituelle de leurs familiers et notamment de leur premier aumônier, le marquis de Montebello, ancien maréchal de camp, qui ne craint pas de se mettre au piano pour faire danser l'entourage du duc et de la duchesse. Le 29 janvier, écrit la comtesse de Boigne, «un bal magnifique et profondément ordonné a lieu à l'Elysée. Le prince en fit les honneurs avec bonhomie et obligeance.» Quelques jours après, le prince est assassiné par Louvel, et la duchesse quitte l'Elysée.

Sous la monarchie de Juillet, le palais voit tour à tour défiler une foule de personnages et de souverains qui viennent rendre visite au roi des Français: Mehemet Ali et la reine Christine, le bey de Tunis, la duchesse de Kent, etc..

Un décret de l'Assemblée Constituante de 1848 assigne l'Elysée comme résidence au président de la République, et le prince Louis-Napoléon Bonaparte s'y installe en 1850.

Après la proclamation de l'Empire, quand Napoléon III s'est résolu à habiter les Tuileries, l'Elysée s'agrandit grâce à l'acquisition des hôtels Sébastiani et Castellane. L'architecte Lacroix construit une aile destinée aux appartements particuliers du chef de l'État et il surélève en outre les bâtiments qui donnent sur le faubourg Saint-Honoré et sur la cour d'honneur.

Au moment des fiançailles officielles de Mlle de Montijo avec l'empereur, l'Elysée abrite durant quelques jours la future impératrice, et lors des Expositions il est utilisé comme palais des Souverains.

Depuis 1873, l'Elysée est affecté à la résidence du président de la République.
Marc Varenne

 


 

L'ELYSÉE EN 1913

L'aménagement intérieur du palais de l'Elysée n'a guère changé au cours de ces dernières années. Le même mobilier Empire occupe et décore les mêmes salles. Quelques transformations ont bien été apportées par le président Sadi Carnot et par le président Félix Faure; mais, depuis lors, tout ou presque tout est resté intact et pareil. La destination des principaux salons et cabinets n'a guère varié non plus.

Nous allons parcourir rapidement tout le rez-de-chaussée du palais, en suivant un itinéraire naturel qui est celui du visiteur entrant par le vestibule d'honneur. Ce vestibule ouvre sur la cour d'honneur. Du porche du faubourg Saint-Honoré, auquel il fait face, les passants peuvent l'apercevoir, ainsi que le perron qui y conduit, ainsi que les vérandas et les verrières qui, aux jours de cérémonie, reçoivent un vêtement, de tentures et de draperies.

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Façade sur le jardin

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LE PALAIS DE L'ELYSÉE.--Grande salle à manger.
(Au fond, statue d'Hébé par Marqueste.)

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Cabinet du Président de la République.

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Cabinet du Secrétaire général civil.
Tapisserie des Gobelins: Hiver, d'après Pierre Mignard.

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Cabinet du Conseil des Ministres.

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Salon de l'Hémicycle. Ecran en tapisserie de Beauvais.

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LE PALAIS DE L'ELYSÉE.--Grande salle des Fêtes, tendue de tapisseries des Gobelins.

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Salon Murât.
Peinture de Carle Vernet représentant «la
Résidence du prince Murat, grand-duc de Berg».

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Grand Salon de réception, (sièges et écrans en tapisserie
de Beauvais; tapis de la Savonnerie.)

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LE PALAIS DE L'ELYSÉE.--Salon de l'Hémicycle: le
Jugement de Pâris
, d'après Raphaël (tapisserie des Gobelins).


Le vestibule d'honneur franchi, nous nous trouvons dans le Salon des Tapisseries, ainsi nommé à cause des beaux Gobelins qui en ornent les murs. Nous pénétrons ensuite dans le Salon Blanc ou Salon des Aides de camp. Cette seconde dénomination lui aurait été donnée au temps du Prince-Président, dont les aides de camp avaient coutume de se tenir là. C'est un salon clair, peu orné, tout garni de boiseries blanches.

Passons maintenant dans le Grand Salon de réception, ou Salon des Ambassadeurs, qui est représenté à la page précédente. C'est ici que les ministres des puissances étrangères s'entretiennent d'ordinaire avec le président de la République, soit qu'ils viennent lui présenter leurs lettres de créance ou de rappel, soit qu'ils assistent à une cérémonie officielle. Le Salon de l'Hémicycle, qu'on voit sur cette même page en couleurs, lui est contigu. Plus loin, se trouve la Salle du Conseil des ministres, dont la cheminée supporte des bronzes noirs et dorés d'un grand effet et qui, débarrassée de sa sévère table au tapis vert, est réservée, les jours de réception, comme tous les salons précédents, aux invités du président de la République. Attenant à la Salle du Conseil des ministres, voici un salon plus étroit, le Salon de Cléopâtre, qui tire son nom du sujet de sa tapisserie, et où les personnes ayant obtenu audience attendent le moment d'être reçues par le chef de l'État.

Si nous traversons de nouveau, mais en sens inverse, tous ces appartements, nous nous trouvons dans le Salon Murat, aux vastes dimensions, dont la perspective est prolongée par d'immenses glaces et qui fut construit pendant le séjour du prince Murat au palais. Tout près est la Grande Salle à manger (voir la première page en couleurs) qui reçoit jusqu'à cent convives. Elle est de construction assez récente; on la transforme en buffet les soirs de réception. Les appartements privés de M. le président de la République comprennent une autre salle à manger, de dimensions plus réduites.

Le Jardin d'Hiver est parallèle à la Grande Salle à manger, et la Salle des Fêtes leur est perpendiculaire. Cette Salle des Fêtes fut construite par ordre de M. Sadi Carnot. Auparavant on dressait, les soirs de bal à l'Elysée, une immense tente provisoire sur l'emplacement de la salle actuelle. Elle est, cette Salle, surchargée d'ornements et de dorures; le plafond est un chaos de reliefs et de creux rutilants.

Au-dessus de ces vastes appartements du rez-de-chaussée, qui sont dits «officiels», se trouvent les appartements privés du président de la République qui comprennent aussi plusieurs salons de réception. Dans notre photographie du parc, où le Palais s'aperçoit au fond, entre les arbres, ces appartements privés sont ceux du premier étage.

Revenons dans le vestibule d'honneur--où commence le grand escalier à la rampe composée de longues palmes de cuivre--et pénétrons, à gauche, dans le Cabinet de service des officiers. Aux murs, plusieurs toiles, dont une Charge de cuirassiers, d'Aimé Morot, et Un homme à la mer, de Léon Couturier. A côté est le cabinet du secrétaire général militaire, le général Beaudemoulin, puis le cabinet du président de la République, que nous montrons plus haut, avec ses boiseries blanches, sa bibliothèque mi-circulaire, en acajou, remplie de livres aux reliures sévères, cuir et or. Deux fenêtres ouvrant sur le parc l'éclairent. Enfin voici le cabinet du secrétaire général civil, M. Pichon, dont un des murs, formant rotonde, est orné de la tapisserie de Pierre Mignard, que nous avons photographiée.

Nous sommes, là, sur la rue de l'Elysée. L'aile du bâtiment se prolonge entre cette voie et le parc. C'est à l'extrémité de cette aile que se trouvent le Salon d'Argent et un autre Salon qu'on appelait familièrement naguère le «capharnaüm», parce qu'on l'utilisait peu. Ces deux salons ont été tout récemment restaurés et M. Raymond Poincaré se plaît à y travailler et à y recevoir quelquefois. Ils ouvrent aussi sur le rectangle du parc qu'enferme cette partie du palais et qui forme un petit jardin à la française agréablement fleur'

Le général Beaudemoulin est secrétaire général militaire de la présidence de la République et chef de la maison militaire du président. Le secrétaire général civil est M. Pichon. Le chef du secrétariat particulier, M. Gras. La maison militaire se compose de MM. le capitaine de vaisseau Grandclément, le colonel Boulanger, le lieutenant-colonel Aldebert, le lieutenant-colonel Pénelon et le commandant Aubert. Le commandant du palais est le lieutenant-colonel de gendarmerie Jouffroy.

On peut diviser le personnel ordinaire de l'Elysée en trois catégories. M. Perrin, chef des services intérieurs, a d'abord sous ses ordres un personnel chargé de l'entretien du mobilier, du chauffage, de l'éclairage, du nettoyage, etc., et qui dépend de l'administration des Beaux-Arts. L'entretien du monument proprement dit est confié aux services de l'architecture. M. Guillaume Tronchet, architecte en chef des palais nationaux, a un bureau à l'Elysée.

La seconde catégorie du personnel concerne la surveillance. Elle est composée de surveillants militaires des palais nationaux, qui dépendent aussi de l'administration des Beaux-Arts; ce sont de vieux soldats, coiffés du bicorne et portant l'épée, les mêmes que ceux qui veillent à la porte de nos musées. Viennent ensuite les portiers, aux uniformes noirs avec de minces galons d'or. La garde militaire comprend un détachement de gardes républicains chargés de la protection intérieure et d'un détachement d'infanterie, chargé également de la protection intérieure et, en outre, de rendre les honneurs au président à sa sortie du palais et à son retour.

Il y a enfin le personnel d'antichambre et d'écurie, lequel est entièrement rétribué sur la cassette personnelle du président. Le service d'antichambre est sous la direction du maître d'hôtel; il est composé de valets de pied, de cuisiniers, d'huissiers, de garçons de bureau, etc. Le personnel d'écurie est sous la haute surveillance d'un officier de cavalerie de la maison militaire, en ce moment le lieutenant-colonel Aldebert. Le premier cocher, M. Decaux, est en même temps piqueur. Il y a dans les écuries, remises et garages de l'Elysée, six chevaux, deux voitures et deux automobiles.

Une de nos photographies représente le parc. Cette vue est prise de la partie des jardins qui avoisine les Champs-Elysées. Les parterres sont dessinés à la française. De beaux arbres ombragent les allées. M. le président de la République accomplit autour des pelouses sa promenade quotidienne. Il marche d'un pas pressé, jetant de temps à autre un regard au ciel, aux feuillages ou aux fleurs, mais le plus souvent étudiant un des dossiers dont il est toujours muni. L'indiscrétion d'un vieux jardinier--qu'on lui pardonne!--qui est le seul témoin de ces promenades studieuses nous a fait connaître cette habitude de M. Raymond Poincaré: «Ah! disait le vieillard ami des fleurs, quel homme que M. le président! Que peut-il bien avoir dans la tête? Je ne le regarde pas, bien sûr, mais je le vois tout de même... Eh bien, quand il descend, après son déjeuner, il a la poche droite de son veston toute bourrée de paperasses. Et le voilà qui commence à marcher vite, vite, autour des pelouses, et, tout en marchant, il plonge sa main dans sa poche droite, en tire un papier, le lit, parfois écrit quelque chose dessus, toujours sans s'arrêter, puis enfonce le papier dans la poche gauche pour en reprendre aussitôt un autre dans la poche droite. Et quand, sa promenade terminée, il regagne son cabinet, la poche droite est vide et la poche gauche est pleine... Mais qu'est-ce que M. le président peut bien avoir dans la tête pour travailler comme ça, tout le temps?...»

Et le vieux jardinier croisait les bras pour témoigner de sa surprise et de son émerveillement.
J. L.

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Plan du rez-de-chaussée du palais de l'Elysée. Sur ce plan ne figure pas le corps de bâtiments bas qui précède la cour d'honneur, sur la rue du Faubourg-Saint-Honoré, qui ne comprend que les postes de garde et de surveillance, des bureaux, et des services subalternes.

 

Article extrait de L'Illustration, No. 3667, 7 Juin 1913

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lulu38 02/12/2016 15:50

cool